C’est avec un sentiment de déférence et d’admiration que nous avons accueilli ce mardi 04 février 2014 M. Charles Gottlieb, né en octobre 1925 à Nancy. A l’initiative de M. Anderbegani et de Mme Martinet, professeurs d’histoire-géographie du collège, tous nos élèves de troisième étaient conviés à la conférence- Var matin aussi.

Agé à peine de 16 ans, il fuit avec sa famille sa Lorraine natale pour échapper à l’occupant nazi. Il trouve refuge dans le massif central – dans l’Allier et travaille chez un couple de paysans, les Besson, auprès desquels il coule des jours tranquilles et dont il parle encore maintenant avec ferveur. Puis très vite, il entre en résistance avec des camarades dans les premiers maquis qui se forment autour de Clermont-Ferrand. Puis arrivent les premiers parachutages, l’instruction au maniement des armes, et les premiers sabotages des lignes de chemins de fer.
Dénoncé par des miliciens, le maquis est traqué par les allemands et M. Gottlieb doit s’enfuir. Il part à pied à Roanne où il essaye de prendre contact avec d’autres résistants. On lui fournit des faux papiers. Il se fait engager auprès de l’arsenal de Roanne (SAGEM), entreprise qui fabrique des armements, où il sabote des obus.

 

Puis, toujours au sein de la résistance, il gagne Lyon.
 » C’est le 25 juillet 1944 à Lyon, lors d’une mission de libération de jeunes résistants, que sont groupe est arrêté et conduit à la gestapo de Lyon. Le lendemain il sera interrogé et torturé par les services de Klaus BARBIE qui, un an plus tôt, avaient supplicié Jean Moulin. L’interrogatoire est sans pitié (supplice de la baignoire, pieds et poings liés). Il sera prisonnier et en cellule, au fort Montluc. M. Gottlieb nous précise bien que d’autres résistants ont subi des tortures bien plus horribles que lui. Outre le supplice de la baignoire, il y a tout de même laissé une partie de ses dents…

Le 11 aout 1944, il est transféré dans un train de voyageur (il a eu cette chance d’échapper aux wagons à bestiaux) jusqu’aux environs de Strasbourg où il est temporairement déporté au camp du Struthof. De très nombreux compagnons de déportation y trouveront déjà la mort. Puis il est à nouveau transféré vers la Pologne, vers le camp de Birkenau. Il est tout de suite accueilli par un homme parlant français qui lui donne des conseils pour passer les sélections… ne pas donner son véritable âge, ne pas se faire voler sa tasse… et lui explique qu’ « ici, on rentre par la porte du camp et que l’on sort par les conduits de cheminées, en fumée… » Son groupe, tatoué une première fois en tant que résistants, subit un second tatouage une fois leur identité juive révélée. Ce double tatouage, encore visible sur l’avant bras droit, reste un fait unique de la déportation.
M. Gottlieb découvre ainsi l’horreur de l’extermination de masse des opposants au régime nazi, la barbarie et l’arbitraire. Il assiste à des scènes que l’on ose à peine imaginer, des personnes tuées comme des lapins par des kapos, comme cela, à titre d’exemple. Vers la fin de sa détention, lorsque son commando de travail de 120 prisonniers part travailler dans une carrière de sable, on fait comprendre aux Kapos que le groupe ne doit plus compter que 100 membres à son retour, au moment de franchir la plus ignoble enseigne du monde, le fameux « Arbeit macht frei » (le travail rend libre…). M. Gottlieb y échappe encore miraculeusement…

Traité comme tous les prisonniers, il est rasé, affublé du costume rayé obligatoire, affamé et exposé au froid glacial de l’hiver 1944, par des températures allant jusqu’à -30 °C, insoutenables lors des interminables appels où, durant parfois 4 heures, debout sans bouger , ils sont à la merci des Kapos comptant et triant les déportés…En octobre 44, un jour, tout le monde est surpris, la soupe est excellente comme jamais… en effet, le camp reçoit la visite de la croix Rouge internationale en compagnie de Himmler en personne… Elle ne remarque rien….
M. Gottlieb est désormais affecté à un autre travail: il doit extraire des blocs de granit toute la journée, descendre dans cette carrière par des escaliers raides, de plus de 250 marches. Des soldats SS s’amusent à faire remonter plusieurs déportés avec des blocs de granite tout en haut des marches, des dizaines se suicident en haut des marches sautant dans le vide pour échapper à cet enfer. Il en est le témoin, comme des fosses construites à Auschwitz-Birkenau, vers la fin de sa détention, alors que les fours ne parviennent plus à bruler les cadavres tant il y en a…. on creuse des fossés, on les mêle à la chaux et la terre, sans compter les déportés enterré vivants…
En décembre 1944, M. Gottlieb entend des bruits comparables au tonnerre, mais c’est le bruit des armes des soldats russes, celui de la libération qui se rapproche. Tous les déportés sont alors transférés par les soldats SS dans d’autres camps plus proches de l’Allemagne. Mais pour une fois, il fait parti des derniers déportés à évacuer le camp, et comme il n’y a plus de camions, c’est à pied, par un froid glacial et sans nourriture, juste de la neige et de la boue, que M. Gottlieb participe à la « marche de la mort» sur plus de 100 kilomètres… Elle laissera sur les bas-côtés de la route, des centaines de déportés exténués et incapables de suivre le rythme…vers le camp de Bergen Belsen où il croisera Simone Weil….Arrivé là bas, un train les y transféra vers Mauthausen dans le Tyrol autrichien…
Au matin du 07 mai 1945, le camp est vide, les surveillants se sont volatilisés, les Américains libèrent le camp… il est rapatrié en France, on lui donne des papiers, 500 francs et il rentre à Nancy retrouver sa famille….-il ne pèse alors plus que 38kg, c’est un squelette vivant…

Depuis une dizaine d’années, M.Gottlieb rencontre les collégiens et lycéens des Alpes-Maritimes et du Var. Chaque année, il accompagne plusieurs voyages scolaires jusqu’à Auschwitz, là même où il vécu l’enfer, pour montrer aux jeunes générations ce que la haine et le racisme ont pu engendrer. Alors qu’à la faveur de la crise, les extrémismes semblent reprendre de la vigueur partout en Europe, il est plus que jamais nécessaire de transmettre cette mémoire.

Un récit émouvant, une leçon de vie, de courage mais aussi d’espoir, dont vous pourrez voir des extraits vidéo d’ici quelques jours…

 

  M. Anderbegani /Mme Valet

{flike id=176}{fshare id=176}{fcomment id=176}